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Les chroniques de Flore:

Du côté de la vie

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CHRONIQUE 10:

LE SOLEIL AU-DESSUS DES NUAGES.

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Neuf heures. Liloua est déjà partie au bloc opératoire. C'est le grand jour. Elle recevra bientôt le rein de sa maman qui est hospitalisée dans un autre hôpital. Nous avons tous une pensée émue pour elles deux. Je n'aurai pas de nouvelles avant de nombreuses heures.

Autre bonne nouvelle... Bénie crie en me voyant de loin :
-J'ai réussi mon CEB !
Ses yeux brillent.
-Oh ! Félicitations Bénie !
Je l'embrasse. Une victoire qui l'emplit de joie et de fierté. Je me réjouis pour elle. 
A la rentrée, elle ira en secondaire et ce sont mes collègues qui lui donneront cours.
-Tu as fini de travailler avec moi, Léa. Mais on se verra encore et tu me raconteras des histoires après mon travail, me dit-elle très sûre d'elle.
-Comme tu y vas toi ! Tu ne crois pas que je t'ai assez vue ?, lui dis-je en riant.
Dans son euphorie, elle éclate de rire.
Elle me manquera ma petite Bénie, mon rayon de soleil à l'hôpital depuis quelques années.
Pendant ce temps, Laetizia se sent déjà en vacances. Elle va mieux moralement et me fait part de ses grands projets :
-Je peux partir en Italie cette année. Les médecins sont d'accord, ils ont tout arrangé avec un hôpital de là-bas pour mes dialyses.. Je vais retrouver mes grands-parents et mes cousins que je n'ai pas vus depuis longtemps.
-Tu profiteras bien de tes vacances. Tu pars en avion ?
-Oui, avec maman. Mon papa et mes deux frères nous rejoindront en voiture. C'est mon premier voyage en avion.
Bénie, toujours au courant de tout, se mêle à la conversation :
-Ta maman a dit que vous aviez déjà pris l'avion quand tu étais petite.
-Oui, mais comme je ne m'en souviens pas, ça ne compte pas !
Bénie enchaîne :
-Quelle chance, moi, je ne pars pas. Je vais me retrouver presque toute seule ici !
-Mais non, Annie, la bénévole, viendra jouer ou bricoler avec toi, la console Laetizia.
Bénie poursuit :
-Tu viendras me voir, Léa ?
-Oui, et je t'apporterai tes bonbons préférés.
-Et moi ?, demande Laetizia.
-Vous êtes des coquines ! Je repasserai quand tu seras de retour. Tu me raconteras tes vacances.
Elles sont satisfaites toutes les deux. 
Avec l'éducatrice, nous avons sorti les pots de gouache. Finis les devoirs ! 

Dans le service d'oncologie, je passe devant la chambre de Bilal, un enfant de treize ans, hospitalisé depuis trois semaines. Comme d'habitude, la chambre est plongée dans l'obscurité. Lorsqu'il y a un peu de lumière, les infirmières s 'affairent. Je l'ai vu quelquefois mais il ne va vraiment pas bien. Il dort beaucoup et la prise en charge médicale est la seule priorité pour l'instant. Ses parents sont toujours auprès de lui. 
Je passe de temps en temps pour le saluer. Il me regarde silencieusement. Parfois, il me sourit, parle un peu. Je ne veux pas m'imposer... encore une vie entre parenthèses. Certaines infirmières disent qu'il se laisse aller. Elles demandent aux éducateurs de le stimuler un peu mais ils n'y arrivent pas malgré leur bonne volonté. 
Elles voudraient qu'il arrive au moins à quitter son lit. 
Comme je ne le connais pas, je peux difficilement avoir une idée de sa personnalité. La situation semble bouchée, d'autant plus que la maman reste en état de choc, toute perdue face à son fils malade.
-Je ne comprends pas, me dit-elle, Bilal n'a presque jamais été malade. Il a toujours été en pleine forme, en bonne santé et maintenant, tout lui tombe dessus en une fois. Pourquoi ? Je ne sais pas, je ne comprends pas ce qui lui arrive. Ce n'est pas possible.
Pourquoi ? Il a grandi comme mes autres enfants ! On n'a rien fait !
C'est très douloureux une maman qui craque. Des larmes de peine, d'incompréhension, d'injustice roulent sur ses joues et éclatent sur ses pieds.
La psychologue, va souvent auprès de la famille depuis le début. Elle réussira certainement à les aider même si cela demande beaucoup de temps. 

Pendant ce temps, Junior regarde la télé dans sa chambre. Il s'étire en me voyant. Il sourit. Il me dit quelque chose que je n'entends pas. Les décibels explosent, dépassant de loin la moyenne autorisée.
-Tu es sourd ?
-Non, j'ai perdu la télécommande! En fait, je n'en ai pas. Il faut baisser le volume à la main.
Je ne comprends pas tout à son trafic mais je n'ai pas envie de poser de questions. Il risquerait de partir dans des explications abracadabrantes.Toujours égal à lui-même!
Il grimpe sur la chaise, monte sur la table et se hisse sur la pointe des pieds pour atteindre la télé. Après quelques chipotages, il réussi à diminuer le volume.
-Tu vois, ça marche avec mes doigts tout fins.
Puis, il change de conversation :
-Ce matin, j'ai cru que ça sentait les frites et le poulet rôti. Mmm, ça m'a donné envie d'une bonne cuisse de poulet mais je n'ai reçu que des céréales.
Son dépit me fait mal au coeur. Le pauvre, encore le régime !
-Je te promets que personne n'a mangé ce plat ce matin ! 
-Alors, j'ai rêvé.
-Tu as encore de la température ?
-Pas pour l'instant. Alors on peut jouer au même jeu qu'hier ? Normalement, je pourrais rentrer ce soir.
Soupir.
-Tu n'as pas l'air très content.
-Non, je m'amuse mieux ici. A la maison, je m'ennuie. Les éducateurs et toi vous me manquez !
-Ah bon ? Je te manque maintenant ? Tu veux des calculs ?
Il se tape le front et nous rions en préparant le jeu de société resté sur l'appui de fenêtre.

Pendant la journée, je repense à cette conversation. Peut-être que, sans nous en rendre compte, nous apportons bien plus aux enfants que nous ne le pensons. D'ailleurs, avons-nous vraiment le temps de penser ? Les jours passent si vite. L'année scolaire se termine déjà.

A l'école, tandis que les ados passent leurs examens, les enfants s'activent pour le 
spectacle de fin d'année. Les petits répètent leur danse, les plus grands chantent ou préparent des sketches qu'ils présenteront aux parents . Ensuite, ils rentreront chez eux. Certains reviendront à la prochaine rentrée, d'autres pas. Des départs s'annoncent...vers d'autres écoles, vers la vraie vie. 

En fin d'après-midi, une infirmière m'annonce que Liloua et sa maman vont bien. Quelle belle journée. Le soleil est toujours au-dessus des nuages même lorsqu'il oublie d'éclairer nos vies. Il a finit par apparaître sur celle de Liloua. Je me sens légère.
En sortant de l'école, je respire l'air ensoleillé...Le miel de la vie. Vive le week-end !

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